About poulpette
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Age:24
Favorite novels: Brave New World, 1984, Gone with the Wind
Favorite writers: Austen, Orwell, Wells, Barjavel
Favorite music: Movies and TV shows soundtracks, instrumental music
Joined date: Octubre 6, 2006
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Chapitre Premier : Où l’on découvre que Murphy tient une affection toute particulière pour les objets inanimés
Il est de coutume dans ma famille, lorsque vous travaillez pour gagner de l’argent pour la première fois, de démontrer votre maturité et responsabilité en achetant « pour le futur », c'est-à-dire, prévoir l’occasion bénie où vous quitterez le domicile parental pour votre « propre » studio riquiqui. Quand mon tour fut venu de gagner honnêtement ma pitance, mon premier achat responsable fut celui d’un téléphone à carte, de façon a pouvoir être joignable a tout moment par les parents des sales mioches dont je m’occupais. Le second fut un lit, puisque, ayant considéré le triste état des lits superposés qui me servait à la fois de vide poche géant et de lieu de repos, je jugeais ces derniers absolument inadéquat pour une jeune adulte de 18 ans (oui, oui, adulte, je me considérais à l’époque extrêmement mature pour mon âge, et en plus, je travaillais) et pris donc la décision des les remplacer par un lit bien plus pratique qui me fournirais à la fois un espace de rangement grâce aux tiroirs dont il serait équipé, et un espace de repos digne de ma condition d’adulte. Je choisis donc après moultes réflexions un lit banquette reposant sur une série de tiroirs dans un catalogue de vente par correspondance et parti prévenir ma mère de mon choix, étant donné qu’elle serait celle qui passerait la commande définitive. Lorsque ma tendre mère fut mise au courant, elle s’empressa de me démontrer par une équation toute simple que mon choix était tout à fait incorrect puisque qu’il ne me permettrait pas d’inviter d’amis à dormir. Ce à quoi je répondis, en adolescente solitaire typique, « quels amis » ?
J’aurais du me douter à ce moment précis, que toute cette entreprise était dorénavant jalousement observée par ce très cher Murphy et qu’il aurait mieux valu pour moi rebrousser chemin et m’acheter l’intégrale des volumes de Dune qui me faisait tant envie. Mais je m’entêtais et fini par céder aux désidératas de ma mère qui tenait absolument à ce que j’achète un lit avec tiroir pour lit d’appoint de manière à ce que ma cousine Amélie puisse dormir une semaine par mois dans ma chambre, lorsque elle monterait sur Paris pour sa semaine de cours au CFA. La commande fut donc finalement passée et nous étions désormais dans l’attente du coup de sonnette annonçant l’arrivée de la bête. Et nous attendîmes, et attendîmes encore alors qu’une première, puis une deuxième semaine passèrent sans aucun signe des livreurs. Finalement, au bout de cinq semaines, rendez vous fut pris un mardi matin pour recevoir les différentes pièces du lit.
Une fois les pièces reçue, il fallu commencer le long puzzle, ou assemblage, qui consiste à retrouver, entre autres, exactement laquelle des planches est le morceau A27, et quelle vis correspond à la référence 13. Une fois la notice comprise, les pièces de bois organisées de façon plus ou moins logique pour faciliter le montage proprement dit, l’épreuve de force contre ce puzzle diabolique commença pour de bon.
« Ma chérie, tu as bien le tournevis en forme d’étoile ? »
« Non Maman, c’est Mika qui l’a pris. Tu peux me passer le truc à coté de toi ? Non pas celui là, celui à gauche avec la tâche en forme de pain au chocolat. »
S’en suivit une certaine pagaille dont le résultat, j’en reste persuadée encore jusqu’à ce jour, n’en tient qu’au miracle pour avoir aboutit à un produit fini ressemblant un tant soi peu à un lit. Enfin bon, le lit était monté, je pouvais enfin m’affaler dans un confort bien supérieur à celui qu’offrait mon empilage de fortune constitué de matelas en divers point de déréliction et de vieux coussins en mousse, coincé entre mon radiateur (stratégiquement placé sur le coté de la porte-fenêtre afin de minimiser l’impact de celle-ci sur la température de la pièce durant l’hiver, mais qui malheureusement faisait fit du grand mur de béton qui lui faisait face et par conséquent ne faisait pas grand-chose pour remonter la dite température) et mon armoire (gigantesque mastodonte occupant le tiers de la profondeur de la chambre, qui n’était pas bien large pour commencer). Je vous laisse imaginer ma joie à la perspective de pouvoir lire paresseusement dans le confort d’un bon lit, enfouie sous une couette diffusant une douce chaleur, le tout éventuellement accompagné d’un thé léger parfumé à la bergamote et aux zestes d’oranges. Cependant mon bonheur était destiné à être bref puisqu’à peine une demie heure après m’être installée, un coup fatal vint à être donné contre la paroi extérieure de ma porte, ce qui m’incita à me redresser, un peu brusquement je l’admets, mais l’on dira ce que l’on voudra, les livres seront toujours pour moi qu’une succession de merveilleux portaux (portails ?) menant vers des contrées aussi étranges que fabuleuses dont je ne sors qu’avec difficulté. D’où le brusque redressement qui malheureusement, tant pour mon postérieur que pour mon lit, occasionna la mort par bris de bois de la latte qui se trouvait sous le dit derrière. Et c’est ainsi que depuis ce jour je tiens une rancune tenace pour l’auteur de ce fatal toc-toc et ai juré qu’un jour aussi je les aurais. Non, plus sérieusement, si tant est que ce récit contienne ne serait ce qu’un semblant, je me vis dans l’obligation de constater que mes rêves d’un lit convenable venait d’être réduit en sciure de bois à cause des vestiges qu’une branche avait laissé sur la planche soutenant mon délicat popotin (autrement dit, la latte avait un nœud et elle cassa sous la pression du poids de mon postérieur). Je dus donc me résigner à rebâtir mes pénates entre radiateur et armoire et me résoudre à avoir à démonter le lit le lendemain (parce que bon, démonter un lit qu’on vient de passer plusieurs heures à monter c’est plutôt moyen) retour chez le vendeur pour cause de défaut dans la marchandise.
Pour nous épargner un récit tedieux de mes souffrances renouvelées, utilisons donc la sublime machine à remonter le temps que le bon Docteur Qui à eu la gentillesse de nous prêter pour passer a grande vitesse les six semaines qui suivirent et qui furent riches en absence de nouvelles de la part du vendeur par correspondance responsable de l’échange pour un lit sans défaut cette fois ci. Le bon de commande précisant échange sous deux semaines, je commençais à être plutôt inquiète et m’imaginais avoir à finir ma vie sur un empilage de matelas plutôt bancal. Mais, soudain ! (J’ai toujours rêvé d’utiliser cette expression qui pour moi retentira toujours avec la voix de Pierre Desproges, quelque soit les circonstances) Par un frisquet samedi matin, à l’heure indécente que vous autres appelez 11 heures du mat’, un coup de sonnette me tira du sommeil du juste. C’était les livreurs qui avaient pour moi un colis volumineux. Bien entendu il s’agissait, vous l’aurez deviné du remplacement de mon lit qui arrivait sans avoir été annoncé. Je vous avouerais sans aucune honte que j’étais bien loin d’en vouloir aux livreurs qui m’apportait cet objet mille fois rêvé et convoité, même si mon apparence « sortie de lit » aurait pu être évitée avec un avertissement préalable. Cette fois ci nous ne laissâmes repartir les livreurs qu’une fois les deux jeux de lattes soigneusement inspectées contre la présence de nœuds (pas question de subir une autre désillusion après montage) puis nous attelèrent de nouveau à une séance de montage moins comique que la précédente, probablement pour cause de l’entrainement qu’avait constitué le précédent montage démontage. Dans un souci de sécurité accrue chacune des lattes fut vissée solidement aux montants du lit de façon à me rassurer sur la solidité de l’ensemble. Lorsque la nuit fut enfin venue, je m’installais le cœur battant à tout rompre dans mon lit et essayait de m’endormir rapidement mais le moindre craquement me paralysais sur place et me voyais retenir ma respiration, de peur que cela ne fusse trop pour le lit. Heureusement pour mes nerfs et ma santé mentale le lit ne céda pas cette nuit là, ni les suivantes. Je repris confiance dans cette pièce de mobilier achetée par les deniers que j’avais gagné avec la sueur de mon front et fini par aller m’y coucher sans aucune arrière pensée.
Mal m’en pris ! Cet outil du diable, cette pièce de bois maudite ne faisait qu’attendre son heure pour frapper de nouveau ! Et son heure elle la choisi bien, puisqu’elle frappa un dimanche matin, aux alentours de 4 heures du matin.
Imaginez vous une petite chambre, plongée dans le noir hormis pour quelques rais de lumière projetés a travers la fenêtre par les lampadaires du parking à l’extérieur. Collée à l’un des murs se trouve la bête fauve, attendant l’heure propice pour commettre son méfait. Entre les couvertures, notre héroïne dort du sommeil tranquille du juste, inconsciente du danger qui la guette. Et tout d’un coup c’est le drame. Dans une action aussi terrible que soudaine le montant de soutient droit craque aux deux tiers de sa longueur, causant l’affaissement en L du sommier, coinçant par la même occasion notre héroïne dans un piège fatale dont seule sa grande détermination et son intelligence hors du commun (ou plutôt son hébétude à moitié éveillée) lui permirent de s’extirper de ce piège mortel indemne. Une fois ses esprits rassemblés et la lumière allumée elle pu enfin examiner l’ampleur des dégâts et migrer une nouvelle fois en direction du recoin qu’elle avait hanté jusqu’il y avait peu afin de grappiller quelques heures supplémentaires de sommeil qui lui serait bien nécessaire le matin venu pour faire face à l’horrible réalité.
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